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Ballade.jpgLa Ballade du voleur au whisky deJulian Rubinstein aux Editions Sonatine

 

Attila Ambrus a toujours affiché un goût prononcé pour le Johnnie Walker et les voitures de luxe. Arrivant de Transylvanie, il s’est installé à Budapest en 1988 et a cumulé bon nombre de petits boulots : fossoyeur, contrebandier de peaux d’animaux, joueur de hockey professionnel, etc., avant de se dire que le meilleur moyen de joindre les deux bouts serait sans doute de braquer des banques. Attila s’est alors changé en véritable gentleman cambrioleur, poli et plein de charme, ne versant jamais une goutte de sang, offrant des fleurs aux employées des banques qu’il dévalisait et laissant des bouteilles de champagne à l’attention de ses poursuivants. Dans un pays gangrené par la corruption la plus surréaliste, en pleine transition entre la fin du communisme et l’irruption d’un capitalisme sauvage, prétexte aux absurdités les plus délirantes, notre homme a vite été consacré héros national, surnommé « Le Robin des bois des pays de l’Est ». Après s’être évadé de prison en 1999, il est devenu la proie d’une véritable chasse à l’homme, largement médiatisée, menée par l’inspecteur Lajos Varju, un inconditionnel de la série Columbo, qui s’identifiait étrangement au célèbre policier à l’imperméable.

 

Quand la réalité dépasse la fiction et là c’est un euphémisme.

 

La vie d’Attila Ambrus tient plus du feuilleton science-fictionnesque que du fait divers. Dans l’Est post communiste ce jeune transylvanien décide de quitter la Roumanie de Ceausescu pour se réfugier en Hongrie, pays qui lui apportera, pense-t’ il, une plus grande liberté et surtout l’opportunité de mener une vie meilleure. Comme il fait partie d’une des minorités les plus opprimées dans un pays qui mène une répression terrible contre son propre peuple, son calcul est plutôt cohérent.

 

Après une fuite granguignolesque il réussit enfin à rejoindre la Hongrie et c’est là que commence l’aventure. Il va errer de petits boulots pourris en occupations débilitantes, le tout avec une envie de s’en sortir qui tient presque de l’absurde tant les galères de toutes sortes s’amoncèlent au-dessus de sa tête. Il va même, et c’est son titre de gloire, rejoindre l’équipe nationale de hockey sur glace en tant que  joueur professionnel (mais non rémunéré) pour ensuite devenir l’homme à « abattre » de toute la police hongroise. Pas moins de 30 attaques de banques, sans effusion de sang, sans de grandes violences, poli et courtois avec ses victimes et surtout, imbibé comme une éponge au Johnnie Walker puisqu’il n’arrive pas à braquer le moindre tiroir-caisse sans être dans un état d’éthylisme proche du non-retour.

 

On sent que l’auteur à une certaine tendresse pour ce Robin des bois à la sauce magyar, et c’est vrai qu’il est presque attendrissant. C’est un peu inattendu mais ce roman est diablement rafraichissant. Ambrus et ses acolytes tiennent plus des Pieds Nickelés que de la bande à Mesrine. L’histoire de cet homme se mêle, ce fond presque d’ailleurs, avec l’Histoire du pays. En effet, de telles aventures n’ont pu être possibles que par la situation totalement ubuesque et délirante dans laquelle se trouvait le pays à l’aube des années 90. La corruption est un sport national, les institutions sont à terre, pillées sans vergogne par les hommes au pouvoir qui se jettent sur le corps agonisant de la pauvre Budapest. Tout est irrémédiablement corrompu et l’arrivée d’Attila Ambrus venge même le peuple de toutes les vicissitudes subies. C’est une véritable catharsis !

 

Il faut lire ce roman d’abord parce qu’il est surprenant, drôle souvent (même si l’humour est plutôt noir), parce qu’il donne une représentation flamboyante de l’état dans lequel les pays de l’Est-ce sont retrouvés après la perestroïka et surtout parce qu’il démontre que la misère peut tout détruire même les meilleures intentions. C'est une odyssée du malheur que celle du voleur au whisky, mais elle est jubilatoire par bien des aspects, bien que sordide aussi malgré tout.

 

Attila Ambrus est un personnage attachant et la plume de Julian Rubinstein réussi à tenir le lecteur en haleine. Ce roman se lit pratiquement d’une traite, c’est irrésistible et implacable, émouvant aussi….ça rit, ça pleure, l’âme slave en quelque sorte.

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