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http://bdi.dlpdomain.com/album/9782205068535-couv-I400x523.jpgBlue Note ou les dernières heures de la prohibition - Tome 1 de Mathieu Mariolle (scénario) et Mikaël Bourgouin (dessin) chez Dargaud

Voici le premier volet d’un diptyque, véritable ode à la série noire. Ce sont les derniers jours de la prohibition (donc en 1933) que les auteurs nous invitent à découvrir. La prohibition s’est déployée aux Etats-Unis sur plusieurs années à partir de la fin du 19ème siècle, mais c’est surtout le Volstead Act qui à mis en vigueur son exécution sur le territoire entier de 1919 à 1933.

Jack Doyle, ancien champion de boxe qui a officiellement raccroché les gants quelques années auparavant survit grâce à des petits combats minables avec des partenaires de seconde zone. On le découvre en fâcheuse posture, en train de se faire ratatiner pour quelques dollars. Malgré l’issue du match, peu glorieuse pour lui, son ancien agent réussi à le convaincre de faire son come-back à New York pour affronter Walker, un partenaire que Jack a étalé lors d’une rencontre précédente, match dont il n’a jamais su s’il avait été truqué ou non. Il accepte le challenge et dès son arrivée à New York se met en recherche de son ex-entraineur, Coburn. C’est ainsi qu’il retourne au Dante’s Lodge une boite tenue par le parrain de la mafia locale, Vicenzo. Nous sommes à 30 jours de la fin d’une époque, de la fin de la prohibition, et l’alcool frelaté, l’argent sale et le jazz inondent la salle de ce Speakeasy sordide.

Le décor est planté. Les deux auteurs jouent à fond la carte du polar bien noir. Il y a du Chandler, du Dashiell Hammett et du Chester Himes là-dedans. On pense bien sûr également au « Cotton Club » de Francis Ford Coppola, « Il était une fois l’Amérique » de Sergio Léone ou « les incorruptibles » de Brian de Palma.

Si vous aimez l’univers de la boxe vous allez être servi. Non pas qu’il y ait de l’hémoglobine ou des gnons à tout va, mais l’histoire de ce boxeur va vous faire découvrir les dessous du ring, les coups tordus, les arnaques de la mafia qui a trempé, souillé et éclaboussé ce sport peut être plus qu’aucun autre. L’occasion également de rencontrer Jack, une sorte de vrai/faux looser, un anti-héros à l’américaine, un irlandais pauvre qui se bat (dans tous les sens du terme) pour affirmer sa présence, pour se sentir vivre dans une époque très trouble. Trop honnête pour comprendre les règles en vigueur dans cet environnement putride et corrompu, dans cette ville violente et dépravée.

Le jazz fournit la bande son de cette BD magnifique et trouve tout naturellement sa place dans cette ambiance un rien glauque. Le nom même de l'album rappelle le label de jazz "Blue Note Records", créé en 1939 à New York ou celui du Club de jazz qui a ouvert ses portes à Greenwich Village en 1981 et qui a été nommé ainsi suite à la disparition la même année de la maison de disques éponyme. Il semblerait d’ailleurs que le prochain tome de ce diptyque mettra en scène la vie d’un jazzman. Quant au lieu, le Dante’s Lodge, il donne une très bonne idée de l’atmosphère qui devait régner dans les bars clandestins de l’époque de la prohibition.

Le scénario est très bien ficelé et utilise à fond tous les codes du roman noir, quand à l’encrage de la BD, il est à la hauteur de l’histoire qu’il sert à merveille. Les teintes qui passent de l’ocre au vert renforcent l’ambiance dure de cette fin d’époque. Les expressions, la force des personnages et des lieux sont mis en valeur. Une atmosphère « sépia » qui favorise l’immersion dans cette ambiance du début des années 30. C’est vif et efficace.

 

70 pages remarquables, une véritable réussite et j’attends le deuxième tome avec impatience. A découvrir absolument.

Tag(s) : #BD

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