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Blackface-Banjo.jpgBlackface Banjo de Frantz Duchazeau aux Editions Sarbacane

Après avoir exploré le blues des années 30 avec « le rêve de Météor Slim », le monde de la country avec « Les jumeaux de Conoco Station », la musique folk en compagnie de « Lomax », Frantz Duchazeau nous ramène beaucoup plus loin en arrière et nous plonge dans le monde des Minstrel’s Show (ou Medicine Shows) dans lesquels des chanteurs-comédiens saltimbanques sillonnaient les routes à la fin du 19ème siècle aux Etats-Unis pour produire des spectacles qui mettaient en scène des blancs grimés en noirs et qui faisaient souvent passer les afro-américains au mieux pour de grands enfants un peu simples mais dont le but était surtout de se moquer de la population noire américaine à grand renforts d’images racistes.

Ces spectacles ont sévit de 1820 jusqu’en 1950. A partir de 1865/1870 les afro-américains eux-mêmes adoptèrent ces mises en scènes aux relents de racisme et de ségrégation. Ces spectacles itinérants étaient très populaires et ce qu’il faut dire c’est que paradoxalement ils ont rendu un grand service puisqu’ils ont permis de véhiculer la musique noire américaine (ragtime, blues, jazz…). Cet univers en marge sert de toile de fond pour mettre en scène le personnage de Blackface Banjo.

Blackface Banjo est un jeune noir, pauvre et unijambiste qui pour délasser sa jambe malade mendie en dansant dans la rue. Ses exploits attirent l’attention d’un homme qui organise un de ces shows et qui perçoit tout de suite l’argent qu’il pourra faire avec un danseur pareil. Blackface Banjo va donc très rapidement être adopté par la troupe notamment par un indien « Big Snake Mojo » avec lequel il s’enfuira suite à l’attaque du spectacle par le Coon Coon Clan (eh oui) qui met le feu à toutes les troupes de Minstrel’s Shows. Entre temps Blackface Banjo s’est découvert un don exceptionnel pour jouer du banjo il va donc rejoindre une autre tournée (avec l’indien et les membres du Coon Coon Clan qui ne sont autres que des acrobates, frères de lait de Big Snake Mojo). Il va se mettre à rêver de notoriété et de reconnaissances, d’amour aussi.

Cette BD magnifique en noir et blanc, donne envie d’en savoir plus sur ce monde étrange des Minstrel’s Shows. Frantz Duchazeau a un talent extraordinaire pour raconter cette histoire. Certaines séquences sont traitées comme les cases « normales » d’une BD c’est à dire dessins et dialogues, à d’autres moments il n’y a que le dessin, comme les scènes ou Blackface Banjo danse (merveilleux) et la trouvaille ce sont ces petites cases ou les personnages communiquent par pictogrammes. Cette alternance donne un rythme réel au récit, c'est original et particulièrement adapté à l'histoire.

Il y a un côté drôle mais aussi beaucoup de tendresse. L’auteur parle d’ailleurs volontiers de l’influence de Charlie Chaplin pour le côté burlesque de son récit mais également du travail de George Herriman auteur de la BD « Krazy Kat » pour le coup de crayon.

Un album particulièrement réussi que je vous conseille fortement. Frantz Duchazeau excelle pour raconter l’histoire avec beaucoup de poésie et d’émotions. Son trait de crayon met magnifiquement en scène toute la galerie de personnages. Encore une fois le rythme est là et pour peu qu’on y prête attention on peut entendre la musique qui accompagne le récit.

Mention spéciale pour la superbe couverture qui fait référence à une de ces affiches de l’époque des Minstrel’s Shows.

Une BD touchante à plus d’un titre, une histoire qui nous permet de percevoir la complexité des relations humaines, la noirceur des âmes, de l’espoir aussi mais toujours sur un air de ragtime et avec humour.

Tag(s) : #BD

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