Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Black-Coffee.jpgBlack Coffee de Sophie Loubière aux Editions Fleuve Noir

Narcissa, Oklahoma, juillet 1966. Un jour de grand beau temps, un homme fut pris d’un coup de folie. Il égorgea une femme enceinte dans une maison et poignarda une petite fille dans le jardin. Il blessa grièvement une mère de famille et son fils, puis il repartit en boitant, couvert de sang, au volant d’une Ford Mustang jaune. C’était un dimanche après-midi. Et personne n’a rien vu.

Quarante-cinq ans plus tard, une Française au comportement étrange va bientôt réveiller les démons du passé. Lola Lombard voyage seule avec ses deux enfants et cherche son mari volatilisé trois ans plus tôt sur la Route 66. Sa seule piste est un cahier que son homme lui aurait envoyé et qui pourrait bien être la preuve de l’existence d’un des plus ahurissants criminels que les Etats-Unis aient connu… et dont le chemin sanglant traversait déjà la petite ville de Narcissa en Oklahoma à l’été 1966.

Un roman comme je les aime, noir, tendu, bien pensé, pas de massacre à la tronçonneuse, en effet, même si le tueur est particulièrement désaxé, Sophie Loubière nous fait grâce des détails les plus sanglants. Le scénario est particulièrement bien soigné et on suit très facilement l’histoire malgré les va-et-vient dans le temps et le croisement de destins parallèles : celui de Desmond l’enfant qui a assisté à l’horreur de la destruction de sa famille et qui, devenu adulte n’aura de cesse de comprendre ce qui s’est passé ce jour maudit et le chemin de Lola qui va s’abimer dans une quête qui la mènera avec ses enfants sur les traces de l’horreur et du tueur.

Le décor est somptueux, la mythique Route 66. Cette fameuse artère qui de 1926 à 1985 permettait de traverser les Etats-Unis d’Est (Chicago) en Ouest (Los Angeles). Plus communément appelée "The Mother Road" ou "Main Street USA" elle a cessé son existence officielle en 1985 mais reste un véritable lieu de pèlerinage et de légendes et peut encore être utilisée par tous les amoureux de l’aventure et les passionnés de grands espaces. Personnellement le souvenir littéraire qui s’accroche pour moi à cette route c’est « Les raisins de la colères » de John Steinbeck « La 66 est la route des réfugiés, de ceux qui fuient le sable et les terres réduites, le tonnerre des tracteurs, les propriétés rognées, la lente invasion du désert vers le nord, les tornades qui hurlent à travers le Texas, les inondations qui ne fertilisent pas la terre et détruisent le peu de richesses qu’on y pourrait trouver. C’est tout cela qui fait fuir les gens, et par le canal des routes adjacentes, les chemins tracés par les charrettes et les chemins vicinaux creusés d’ornières les déversent sur la 66. La 66 est la route-mère, la route de la fuite. ». Mais revenons à notre roman…

Ce que j’ai particulièrement aimé dans ce livre c’est que l’auteur prend le temps d’introduire tous ses personnages, jamais de précipitation, pas de longueur non plus, tout est très bien rythmé. Il y a un côté hypnotisant dans la manière de conduire l’intrigue, on se laisse emporter et enrouler par la prose de Sophie Loubière qui vous dépose à l’endroit exact qu’elle a fixé au préalable. Le style est percutant, fluide, le suspens toujours présent, les chapitres sont courts, les rebondissements multiples et le tout est diablement palpitant.

La bande-son du roman est résolument jazzy, le superbe « Black Coffee » de Peggy Lee débute l’histoire…par contre moi ce sont surtout les airs de Steppenwolf et des Doors qui me sont venus spontanément en tête…et je vous dis qu’une romancière qui réussit à brouiller suffisamment les pistes pour vous emmener folâtrer sur la Route 66 à la recherche d’un tueur abject tout en vous berçant de standards du rock ou de jazz...c’est la grande classe ! Superbe roman à lire absolument.

If you ever plan to motor west,

Travel my way, take the highway that is best.

Get your kicks on route sixty-six.

Tag(s) : #Romans noirs - policiers - thrillers...

Partager cet article

Repost 0