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Larguez les anars ! D’Hervé Sard aux éditions La Gidouille

 

Sale temps sur Plouguer… Le 14 Juillet approche et on se croirait encore en hiver. Le réchauffement climatique, la prolifération des OGM, les basses manœuvres de certains politiques, voilà ce qui préoccupe Léo alors qu’il scrute la foule qui se presse dans le petit cimetière. S’il est là aujourd’hui, parmi des centaines d’éplorés, c’est qu’il connaît bien celui qu’on enterre. Et pour cause : le mort, c’est lui… Alors qu’il enquête sur une affaire d’épandage aérien malveillant, Léo fait l’objet d’une tentative de meurtre. Décidé à se cacher pour mieux démasquer son tueur, il laisse croire à sa disparition et rejoint la « Marche », cortège pacifique qui prend de l’ampleur et dont l’objectif n’est autre que Paris. Cet été, le défilé sur les Champs-Élysées s’annonce… musclé. Une fois n’est pas coutume, Léo, contraint par les événements, doit se résoudre à laisser ses proches enquêter à sa place. Caché dans son combi « infiltré » dans la « Marche » en route vers Paris, il pilote à distance les interventions de Suzie, Guitte, Dominique et Jean-Yves. C’est en compagnie d’une petite troupe de personnages « pittoresques » que Léo va finalement résoudre l’affaire qui se terminera en apothéose parachutée sur les Champs-Élysées : le nain Potiron, les indiscernables Jean-Pi Jean-Pau, les «bazarchistes » La Natte et Crâne d’œuf, l’agitateur Ben-Hur sont là pour l’escorter.

Bon, autant vous l’dire tout de suite, moi Léo Tanguy je ne connaissais pas.

Oui, oui…je vous entends d’ici « Comment ? Qu’est-ce donc ? C’te honte ! Hallali ! Haro ! L’archouma ! Patin-couffin… » Chacun ses lacunes que diantre ! Vous êtes calmés ? Je disais donc, Léo Tanguy inconnu au bataillon pour moi, or je ne loupe jamais la lecture d’une œuvre de Monsieur Sard, je me suis donc attaquée au bestiau dare-dare (Tanguy pas l’auteur bande de chenapans !) .

Je ne sais pas si tous les romans de la série sont de cet acabit mais je dois dire que je me suis bien amusée.

Soyons honnête, l’intrigue m’est passé un peu au-dessus des oreilles. Non pas qu’elle soit insignifiante ou mauvaise, très loin de là, elle tient très bien le bouquin et est plutôt bien originale, mais ce n’est pas ce qui m’a accroché. Je ne vais pas vous raconter l’histoire par le menu, la quatrième de couv’ le fait très bien, j’ai plutôt envie de m’attarder sur l’écriture d’Hervé Sard. Parce que justement tout est là…

Allez, je vais y aller de ma dithyrambe, mais franchement je ne vois pas comment faire autrement. Il y a tout ce que j’aime dans l’écriture chez cet auteur.

Malgré ce que je viens de vous dire, commençons tout de même par l’intrigue. C’est loufoque, souvent hautement improbable voire vaudevillesque mais c’est ficelé avec tellement d’intelligence que s’en est un vrai bonheur. Derrière ce cirque azimuté il y a de réels sujets de réflexion. Il est question de basses manœuvres politico-rurales, d’espionnage via des drones, d’épandage, de produits clairement toxiques, d'écologie, de marche militante, de bazarchie (lisez le bouquin et vous saurez ce que c’est), enfin bref…ce n’est pas « Sous le plus grand chapiteau de monde » ou « Freaks » mais on n’en n’est pas loin.

Je vous laisse apprécier le tour de force parce que clairement à moins d’avoir un réel talent de conteur et un sens inné de la chute comment voulez-vous faire coexister un fromage de chèvre arme de destruction massive, les Rubettes (oui…ceux-là même…Pour ceux qui n’ont pas eu à survivre à « Sugar Baby Love » dans les années 70, je vous propose d’aller directement sur Youtube afin de remédier à cette carence), une tirade sur la taille du zguègue des nains (fallait oser mais ça passe très bien, la tirade pas le...enfin bref...), un Ben-Hur roulant en poubelle-container, des larves de papillons, un nain surnommé Potiron (comme dans Oui-Oui)… C’est totalement barré et absolument jubilatoire.

Mais là où le récit prend toute sa saveur c’est avec la galerie de portraits brossée par Hervé Sard. Comme je veux absolument vous amener à lire ce petit bijou je ne vais pas vous parler de chacun des personnages (il y en a un certain nombre). Ce qu’il faut savoir c’est que l’auteur excelle dans la création de protagonistes hauts en couleur. Personnellement ce qui me touche dans les romans d’Hervé Sard c’est cette tendresse qu’il a pour tout son petit monde. Le regard qu’il pose sur la faune qu’il crée est toujours plein d’affection, d’intelligence et de respect pour chacun d’eux. Il les chahute bien sûr mais ne blesse jamais personne.

Hervé Sard arme sa plume à l’encre de l’affection et de la bienveillance et toujours avec une belle dose d’humour. Cela donne des histoires qui sortent de l’ordinaire avec un supplément d’âme qui donne le sourire et qui fait chaud au cœur. Ce que l’auteur maîtrise totalement également c’est la mise en scène et l’orchestration dans les moindres détails de situations qui pourrait être, pour qui que ce soit d’autre, franchement casse-gueule mais qu’il enlève avec une maestria peu commune. Il n’y a qu’à lire la fin du roman, avec l’arrivée de la marche sur Paris, pour comprendre à quel point Monsieur Sard manie l’épique avec brio.

Bien sûr c’est une histoire policière, c’est un vrai polar mais profondément humain et ça fait du bien.

La seule chose qui me désespère c’est que ça va trop vite ! Je m’explique : quand j’aime une histoire et une écriture, j’ai envie d’en avoir plus et comme je ne pouvais plus lâcher le bouquin, je l’ai terminé trop rapidement ce qui m’a laissé un goût de trop peu. C’est tout en humour, jeux de mots et tendresse et au risque de me répéter c’est humain et c’est bon de lire ça dans ce monde de brutes.

Encore M’sieur Sard !!! J’attends le prochain avec impatience.

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